Aujourd'hui, pour le deuxième numéro du journal j'ai le grand privilège d'accueillir deux auteurs qui vont nous confier leurs petits secrets d'écriture.

 

Je veux parler de Rémy Gratier de Saint Louis et de Claude Colson que je remercie vivement pour leur implication immédiate et fort sympathique.

En effet, après les avoir contactés, via notre page facebook (https://www.facebook.com/sherlockstlouisetcie), ils n'ont pas hésité une seule seconde à répondre positivement à ma requête et pour cela je vous en remercie vivement.

A Rémy Gratier de Saint Louis, dans un premier temps, je lui ai demandé s'il voulait bien nous parler de l'un de ses romans :  "Bran Dents de Loup", que j'avais découvert en allant sur son blog (http://rgdsl-auteur.blogspot.fr/) quelques jours auparavant.  Après plusieurs échanges très sympathiques, c'est donc tout naturellement, que je me suis suprise à lui demander une interview, ma toute première interview! 

 

A Claude Colson, rencontré lui aussi via notre page facebook (merci facebook!) je lui ai demandé de bien vouloir nous confier les approches de l'écriture, ses astuces d'écrivain, sa manière d'aborder les maisons d'éditions,... ce qu'il a lui aussi gentiment accepté de faire en nous livrant sans barrière son ressenti, et ses conseils. Je vous invite à le suivre sur son blog (claudecolson.wordpress.com) 

C'est donc sans plus attendre que je vous laisse découvrir ces deux auteurs! Bonne lecture !

claude colson

Comment naît un roman (court) et généralités sur l'écriture et l'édition, par Claude Colson, auteur

 

Bonjour, on me propose d'ecrire un article sur l'écriture d'un roman, par ex., et je ne sais trop par où commencer... tant je me crois plutôt auteur atypique.

Je vais avoir 68 ans et j'ai 9 livre édités, un contrat signé pour le 10 ième et un autre en recherche d'éditeur ; des genres littéraires divers mais toujours dans le court car – je pense ; je peux me tromper – je suis d'abord poète, la poésie étant une école de concision.

L'écriture m'a pris à près de 46 ans et m'a depuis toujours hanté.

J'arrête ces mots de présentation car ils pourraient nous éloigner du sujet. Une chose importante encore : mon problème n'est pas la rédaction elle-même, j'écris assez facilement voire facilement, mais bien plutôt  de trouver un sujet déjà (cela peut me paralyser dans la mesure où, à tort ou à raison, je me dis que j'ai peu d'imagination) et en plus  un sujet qui me motive suffisamment pour vaincre ma paresse naturelle car pour une novella – ce que sont en fait mes textes de fiction (j'atteins à ce jour péniblement 150 pages de livre ; j'écris "à l'os" et m'interdis de délayer... La poésie, vous dis-je ! ) ou un roman, il y a du travail. Cela s'oppose à ma conception de la poésie qui est chez moi fulgurance, envahissement beaucoup plus que travail : je suis adepte du quasi premier jet.

 

Je vais essayer de vous parler de mon roman court (novella de  107 pages), "Aimez-vous la danse , " paru en 2014 aux éditions Hélène Jacob.

 

LE LIVRE

 

17 600 mots, 103 400 signes

 

Je retrouve mon dossier d'écriture ( à l'époque j'écrivais encore à la main, avant de tout retaper à l'ordinateur ) et cela va m'aider à vous parler du processus d'écriture.

Il peut être divers selon les caractères des auteurs, voire pour un auteur de livre en livre.

 

La quatrième de couverture :

 

Quand, lors d’un congrès de policiers, un ex-flic à la retraite rencontre une spécialiste en biologie, la vie de tous deux va se trouver profondément modifiée. Chacun mène jusque-là de son côté une existence peu satisfaisante et bientôt, près de Nice, une idylle s’instaure.

Tout semble aller pour le mieux.

Pourtant Jean-Pierre Delsault, l’inspecteur en question, est bientôt rattrapé tant par des soucis liés à son âge que par le surgissement inattendu de son passé professionnel.

Il va alors, utilisant ses relations, imaginer et mettre en œuvre sans faillir une solution peu banale qui lui permettra de maîtriser tous ces problèmes à la fois, en une sorte de pirouette imprévisible et surprenante.

 

 

Genèse :

La période d'écriture s'est étendue de juillet 2010 à février 2011, probalement à des rythmes divers.

À cette époque, je quittai mon activité professionnelle pour partir à la retraite, à 61 ans. Je voulais écrire quelque chose en rapport avec cette nouvelle phase de la vie et surtout une fiction .

 

C'était mon septième livre et jusque-là j'avais écrit majoritairement et diversement (3 récits de vie, un roman court) sur l'amour et la passion amoureuse . J'ai gardé ce thème qui quelque part me sécurisait (toujours cette crainte du manque d'imagination) en choisissant comme protagonistes un tout jeune retraité et une femme plus jeune d'une quinzaine d'année.

L'imagination venant en faisant - car l'écriture s'auto-génère – la novella s'est construite d'elle-même tout autant qu'en suivant le plan que j'avais préalablement établi (toujours ce besoin de sécurisation mais on ne peut pas tout prévoir car les personnages vous échappent en partie pour vivre leur vie, tout auteur vous le dira et c'est fascinant).

 

Si mes souvenirs sont bons j'ai d'abord choisi la période temporelle : 2008, c'est important pour qu'ensuite tout soit cohérent.

 

Puis j'ai dressé un plan sommaire des chapitres (3 pages 21 x 29,7 gribouillées affreusement) et en écrivant je réfléchissais à ce qui pouvait arriver aux personnages que je créais alors, sous le besoin, pour l'intrigue qui se construisait au fur et à mesure de mes réflexions.

 

J'ai obtenu ainsi d'abord 33 chapitres ou rebonds de l'action (ils sont devenus 31 au final et l'ordre a été modifié, tout évolue constamment).

 

J'ai repris ensuite cette ébauche de plan juste pour lister les personnages qui intervenaient dans l'histoire (11 environ), afin de ne rien perdre de vue. Fiche à avoir toujours sous les yeux.

 

L'étape suivante a consisté à créer une fiche pour chaque personnage en leur donnant toutes leurs caractéristiques physiques et psychiques, morales etc, très schématiquement, car cela risque aussi de changer lors de la rédaction. Ces détails sont très nombreux et certains ne seront pas repris dans le texte car inutiles finalement ou   risquant de faire fastidieux et "roman russe du 19 ième siècle".Il s'agit lors de la rédaction d'essayer de les introduire peu à peu et subtilement dans l'intrigue, équilibrer la description qui ne doit pas être figée avec le besoin de ce détail pour le récit.

Normalement on "devrait" supprimer tout ce qui ne sert à rien.

 

Ces fiches synthétiques m'ont été très utile afin de toujours veiller à la cohérence de l'ensemble.

Alors peut intervenir le moment que moi j'attends avec impatience : l'écriture du premier jet de l'histoire, plus agréable à mes yeux que les travaux techniques précédents.

 

Chez moi, et chez beaucoup – je pense, on laisse courir la plume qui va suivre le plan prévu ou le bouleverser, parfois profondément.

L'essentiel de l'ossature est alors obtenu (pour moi qui écrit beaucoup en "premier jet")

 

Viennent ensuite beaucoup de lectures qui, chacune, modifient le travail obtenu : on ajoute, supprime, inverse, change l'odre, peaufine l'analyse ou l'écriture.

 

Vers la fin, j'ai dressé, en relisant, une fiche chronologique des événements décrits par chapitre pour veiller à ce que tout soit cohérent en interne et aussi vraisemblable dans la période historique choisie.

À l'époque , le fait de retaper à l'ordi était encore une occasion de plus de tout passer en revue.

 

Si je reviens à l'histoire, j'ai été très heureux de trouver une fin percutante en puisant dans mes souvenirs d'un vieux film du tout début des années soixante-dix avec Maurice Ronet, acteur que j'adorais alors, Adapter la fin de ce film à l'histoire de mon roman était à mes yeux une manière subtile car peu visible de lui rendre hommage (je vous révèle à-demi un secret).

 

Quand on considère que le travail est terminé, il reste les innombrables relectures pour traquer les coquilles, fautes, redites (on peut s'aider de logiciels, moi pas, je me fais trop confiance...), Inmanquablement on va encore changer quelques petites choses, mais de fait on commence à "en avoir marre" de son texte qu'on connaît par coeur, croit-on : certains lecteurs, parfois, par leurs réactions vous apprendront des choses insoupçonnées. Il est alors temps de savoir s'arrêter, parfois en se faisant violence, pour livre le texte au public.

 

Vient suite le processus d'édition :

l'auteur débutant croit avoir fait l'essentiel , une fois son livre écrit, Hélas ! Cela commence seulement. Il s'agit maintenant de trouver un éditeur et aujourd'hui plusieurs solutions s'offrent à lui,  le compte d'auteur moyennant finances (attention beaucoup de margoulins sont sur le marché), l'auto-édition – assistée, en général par une association – ou non assisté  (beaucoup de travail en perspective alors pour la mise en page, le référencement etc) ou ce qui est parfois considéré comme le Graal : le compte d'éditeur,

C'est ce dont je rêvais bien sûr, comme beaucoup. Bien vite on se rend compte que les grandes maisons qui reçoivent parfois plus de 7000 manuscrits par an sont inaccesibles ou presque (elles n'ont qu'à se pencher pour prendre de temps à autredans leur écurie un inconnu, tant ceux-ci sont nombreux à frapper à la porte). La crise de l'édition et la crise tout court n'arrangent rien...

 

J'ai personnellement fini par trouver pour ce livre un petit éditeur indépendant (attention, il faut bien se renseigner sur le net, voire en interrogeant les auteurs édités là car une fois encore ils ne sont pas tous irréprochables, il m'est arrivé d'en faire les frais pour d'autres livres.) Après 4 ou 5 ans d'activité les faillites sont nombreuses et l'auteur est confronté à d'autres problèmes sans jamais, ou quasiment, récupérer ses droits d'auteur.

Le plus terrible, pour trouver cet éditeur,  est qu'il faut souvent faire de multiples envois, ce qui coûte cher quand l'éditeur exige un envoi papier, (nécessité d'esssayer de bien cibler ceux qui éditent des choses proches de votre "oeuvre" et surtout il faut se blinder pour les mois d' attente avant d'éventuellement recevoir une réponse (mon record 21 mois), le plus souvent négative, quand elle existe.

 

Là, pour ce livre, c'est très ancien mais j'ai dû m'adresser à  au moins 44 éditeurs (je suis tenace). [Un autre de mes livres a été édité au 63 ème envoi... Votre manuscrit, votre coeur, votre sang doit en fait tomber au bon endroi, dans de bonnes mains et au bon moment pour avoir une petite chance de voir le jour. Les maisons d'édition sont avant tout des entreprises commerciales et non des oeuvres philanthropiques !]] avant d'avoir 2 acceptations dont l'une me proposait d'attendre encore plus d'un an pour publication.

Le livre est paru en juin 2014 chez Hélène Jacob, éditeur numérique avec possibilité d'avoir des versions papier.

Lorsque je l'ai envoyé à cet éditeur, en fait les soumissions étaient fermées, sauf pour le polar.J'ai donc joué de ce que la deuxième moitié du texte vire au polar, avec un inspecteur de police rattrapé par son pass, pour l'envoyer quand même.Il a été classé en littérature sentimentale et accepté. Moi, je dirai que c'est de la littérature sentimentalo-polar avec accent sur la rencontre amoureuse.

 

Il faut savoir qu' en général un auteur peu connu ou médiatisé devra faire l'essentiel du travail ensuite pour vendre son livre, les petits éditeurs indépendants n'ayant généralement pas les moyens de se payer un diffuseur pour accéder au marché des librairies.

L'auteur devra mouiller la chemise pour vendre ses livres (dédicaces en salons du livre, librairies, espaces culturels des grandes surfaces, autre : comités d'entreprise etc).

Enfin il faut savoir que l'auteur est l'acteur le moins bien payé de la chaîne du livre, le plus tard (généralement une fois par an sans grand contrôle possible), et qu'il touche le plus souvent de 5 à 10 % du prix HT du livre.

 

Ce livre : "Aimez-vous la danse ?" , disponible en version numérique et papier (2,99 euros et 10,45) chez Hélène Jacob, sites marchands, voire dédicacé auprès de moi.

Aussi  donc :

Pour les libraires : http://www.editionshelenejacob.com/contact-reserve-aux-librairies/

 

Mon blog claudecolson.wordpress.com (où une page lui est consacrée ainsi que plusieurs articles qui se trouvent  dans la catégorie "Plus sur mes livres" (faire défiler),

Mon mail : monilet@wanadoo.fr (disponible pour échanges)

 

Un avis de lectrice :  Gisélec : « Claude Colson sait nous parler des rencontres amoureuses. Cet auteur, si tendre et sentimental, nous entraîne à nouveau vers des rêves d’amour vrai ! Il nous invite à une danse où rêve et vérité n’ont rien de contradictoires. L’amour peut arriver, puisqu’on y croit, puisqu’on le cherche, puisqu’on le veut, puisqu’on l’attend…Alors, oui, cette danse, on l’aime..Elle fait glisser les pas au-dessus de la finitude des jours ordinaires.
à chacun sa danse! Même si les cœurs hésitent, emportés par une étrange valse de circonstances, même si les corps se heurtent à l’implacable tempo du destin, la danse se poursuivra…trépignante de vie.
La chute du récit est inattendue, élégante comme un pas de tango renversé, furtive comme une révérence…Elle clôt à merveille cette escapade entre vie et mort si bien rythmée. Bravo ! C’est à lire ! »

 

Beaucoup d'autre avis sur mon blog et/ou amazon.

remy gratier de st louis
couverture livre bran dents de loup

Entretien avec Rémy Gratier De Saint Louis :

- Quand vous écrivez, avez-vous un rituel d'écriture ? des horaires ? avez-vous besoin d'être dans d'un endroit particulier ?


J'ai la chance d'être consultant à mon compte et de pouvoir gérer mon temps à ma guise. J'adapte mon temps d'écriture à mes envie d'écrire. Je peux très bien ne rien écrire pendant deux semaines, puis d'un seul coup, coucher plus de cinquante page en une semaine. C'est selon l'inspiration et les idées. Je n'ai ni habitude ni rituel. Si cela me prend en pleine nuit, et bien je me lève et j'écris. je possède une dépendance que j'ai transformée en bureau-bibliothèque, c'est parfait pour écrire mais je peux très bien le faire ailleurs, sur mon ordinateur portable.
 

- que représente l'écriture pour vous ? depuis quand écrivez-vous ?
L'écriture est avant tout un plaisir. J'ai toujours aimé les aventures, imaginaires ou pas. Il y aura bientôt cinq ans je me suis mis à écrire, suite à une raillerie d'un de mes amis concernant la création d'un personnage de jeu de rôle dont je lui avais fait un background (historique personnel) particulièrement étoffé. Il m'a dit : " tu n'as qu'à faire un roman tant que tu y es ! " .
Je l'ai pris au mot, nous étions en juillet 2012. Le personnage s’appelait Noris et il était marquis de Morteterre. J'ai achevé le tome 1 des ses aventures en décembre 2012 et le tome 5, fin 2016
.( voir le détail sur mon blog )
J'ai eu la chance d'être découvert par les édition ROD grâce à mes pages facebook. Intéressée par les extraits que je faisais paraître sur ces pages et sur mon blog, cette maison d'édition m'a proposé d'éditer mes écrits.
Depuis, je me suis découvert un certain talent pour coucher sur le papier ce que produit mon imagination. Ma tête fourmille d'idées, il me faudrait écrire 24h sur 24 pour arriver à produire tout ce qu'elle contient. C'est assez frustrant...

 

- comment vous est venue l'idée d'écrire Bran dents de loup ? pouvez-vous sans en dévoiler trop nous parler du héros ?
Bran Dents de Loup est aussi un personnage de jeu de rôle. Il a été créé en 1999, mais est resté dans une pochette avec une ébauche de background jusqu'en 2012 où un autre ami m'a proposé de jouer avec lui à Donjon&Dragon, comme dans notre jeune temps...
Je venais d'achever l'écriture du premier volet des aventures du marquis et j'avais toujours envie d'écrire. J'ai utilisé les notes du vieux Background pour façonner mon premier roman d'heroic-fantasy. Ce qui me faire sourire, c'est quand j'entends dire que je mes suis inspiré de Game of Thrones... Bran n'a rien avoir avec Brandon et mon univers est plus proche de celui de Tolkien que de celui de Martin, ce dont on s’aperçoit très rapidement en lisant mes écrits.
Comme j'avais été surpris du succès qu'à rencontré ce premier roman d'heroic-fantasy (il vient même d'être réédité par les éditions ROD), j'ai écrit en 2016 un deuxième opus: " La Revanche du Khan" dans lequel Bran rencontre d'autres personnages, dont une demi-elfe au caractère plutôt bien trempé. Je viens même de finir un troisième opus: "Ténèbres sur Liin".

Bran est un jeune barbare. Recueilli par une meute de Wargas à sa naissance ( des grands loups assez particuliers ), il vécu des années avec eux avant d'être adopté par Korn, le plus redoutable des guerriers du grand Nord et appartenant au peuple Storn, un ensemble de clans particulièrement belliqueux, maîtres incontestés du Grand Nord.
Bien qu'il ait reçu dès lors, de son père adoptif ( personnage, celui-là), une éducation guerrière particulièrement poussée, Bran garde un côté"loup" très fort, ce qui en fera toujours un Storn atypique. Curieux de tout et particulièrement instinctif, il va connaître une adolescence particulièrement mouvementée...  les périls sont nombreux, mais il paraît que la déesse Kahina veille sur lui... comme elle le fait pour les Wargas.


 

- pouvez-vous nous quand devrait sortir : Bran Dents de Loup "Ténèbres sur Liin" ? pouvez-vous nous en donner un petit avant goût  sans trop en dévoiler bien sûr ?

Je viens d'achever le troisième opus des aventures de Bran. (J'espère qu'il sera publié en 2017 ou au plus tard, début 2018) Chaque opus est une aventure indépendante. Ces aventures sont reliées par une espèce de fil rouge, mais on peut aisément les lire indépendamment l'une de l'autre, même si c'est plus confortable de suivre leur chronologie.

Dans "Ténèbres sur Liin", Bran va découvrir une vrai cité. Une opulente cité marchande situé aux porte du grand empire. Une cité où règne le crime et où la quête du pouvoir et de l'argent pervertissent les hommes. Un univers totalement nouveau pour un jeune barbare plus habitué à affronter les dangers du Grand Nord que ceux des ruelles sombres et mal fréquentées de Liin.

bran dents de loups

En voici des extraits​ :

BRAN DENTS DE LOUP

Extrait  chapitre 1

 

Soudain les chants d’oiseaux cessèrent. Intrigué, le chevreuil redressa la tête. Tandis qu’il scrutait instinctivement la brume à la recherche d’un danger, sa mâchoire broyait par saccades les tendres pousses qu’il venait d’arracher aux branches d’un noisetier. Les muscles toujours tendus, le jeune garçon était prêt à bondir.

« Le signal ! Qu’attendent-ils pour donner le signal ? », Pensa-t-il, gagné par l’impatience.

Brusquement, déchirant la brume cotonneuse, une silhouette sombre et inquiétante se dessina entre les arbres. De larges pattes se posèrent sans bruit sur le tapis de feuilles que l’humidité matinale rendait muettes. Un loup gigantesque au pelage noir comme la nuit et aux longs crocs acérés venait d’apparaître. Les yeux de l’impressionnante créature reflétaient la pâle lueur de l’aube filtrant à travers les branches. Cet énorme animal n’était autre qu’un warga. Ces loups géants peuplaient les sombres et froides forêts du Grand Nord et y régnaient en maîtres.

Écartant délicatement du museau l’épaisse végétation trempée de rosée, le fauve avançait sans bruit, le regard fixé sur le frêle animal que guettait l’enfant toujours tapi derrière sa souche. Le chevreuil n’était plus qu’à quelques pas du terrifiant prédateur quand il perçut le danger. Grâce à un réflexe instinctif, le jeune cervidé, subitement paniqué, exécuta un bond prodigieux à l’opposé de la monstrueuse créature, entamant une fuite éperdue qu’il espérait salvatrice.

À la vue de cette scène, le jeune garçon retint son souffle. La proie qu’il guettait et l’énorme loup lancé à sa poursuite arrivaient droit sur lui. Un instant interdit par cette situation imprévue, il n’avait plus que quelques secondes pour prendre la décision qui s’imposait.

Bondissant de son abri avec la vivacité d’un serpent, l’enfant percuta le chevreuil au moment où ce dernier franchissait d’un saut la souche qui masquait sa présence. Le choc fut terrible et le jeune garçon ne put s’empêcher de laisser échapper un cri de douleur au moment de l’impact, avant de retomber sur un amas de mousse, de feuilles et de fougères.

Extraordinairement vif, il était déjà sur ses jambes quand l’énorme masse noire du grand loup bondit à son tour au-dessus de l’imposante souche. Le chevreuil déséquilibré par le choc percuta le tronc d’un arbre, retombant lourdement dans un bosquet de ronces d’où, malgré ses contorsions désespérées, il peinait à s’extirper. Ayant suivi la trajectoire de sa proie, la gueule grande ouverte, l’énorme loup passa en trombe à côté du jeune garçon, pour s’engouffrer dans le bosquet de ronces et refermer ses terrifiantes mâchoires sur le malheureux cervidé, lui brisant le cou dans un claquement sinistre.

Renversé par la charge brutale du warga au pelage noir, le jeune chasseur se remit rapidement sur ses pieds, alors qu’à leur tour, trois autres grands loups surgissaient de la brume et arrivaient à sa hauteur.

 

BRAN DENTS DE LOUP

Extrait  chapitre 4

Oppressé, Silgur avait du mal à respirer par le nez. Par réflexe, il essaya d’ouvrir grand la bouche pour inspirer une bouffée d’air, mais cette tâche vitale lui fut étrangement impossible à accomplir. En proie à une soudaine panique, le chaman ouvrit les yeux puis les écarquilla. À la faible clarté de sa lampe à huile qu’il se rappelait pourtant avoir éteinte avant de s’endormir, il découvrit un visage familier tout proche du sien. Korn, un doigt posé sur les lèvres, lui conseillait de garder le silence. Les yeux emplis de crainte, Silgur acquiesça. Lentement, l’imposante main qui recouvrait en partie son visage s’écarta, lui permettant enfin de respirer. Se redressant brusquement dans un sursaut où se mêlait indignation et terreur, le chaman balbutia en cherchant autant sa respiration que ses mots.

  • K... Korn ! Que... que fais-tu là ? Que... que me veux-tu ?... 

D’une voix douce qui semblait étrangement bienveillante, tout en s’asseyant sur un tabouret de bois qu’il avait approché du bord de la couche, le vieux guerrier lui répondit :

  • Je suis venu te parler Silgur, rien de plus.

  • Qui... qui t’a permis ? hurla le chaman en essayant de retrouver un peu de dignité. Par les dieux, je t’ordonne de  quitter ma demeure ! Je ne veux pas te voir et encore moins te parler !

  • Allons Silgur, ne t’emballe donc pas comme ça, lui répondit calmement le vieux guerrier. Tu sais très bien ce que je pense de tes ordres, alors ferme donc un instant l’orifice nauséabond qui te sert de bouche, et écoute plutôt ce que j’ai à te dire.

Bégayant de rage, le chaman se redressa et ajouta en tirant les fourrures à lui pour couvrir sa nudité :

  • Co… Comment oses-tu faire irruption chez moi et me menacer ainsi, Korn ?

D’un geste vif, le géant tira de sa ceinture un long poignard avant d’en en appuyer la lame sur la gorge du chaman et d’ajouter :

  • Le problème avec toi Silgur, c’est que tu es persuadé que tout le monde te doit obéissance. Je crois bien qu’il est devenu nécessaire que je t’ouvre la gorge afin que tu comprennes  qu’en ce qui me concerne il n’en est rien. 

Déglutissant avec peine, blême de terreur, les yeux rivés sur la lame menaçante, le chaman articula péniblement :

  • Korn, tu n’oserais pas… ce… ce serait un sacrilège ! 

  • Vois où t’a mené ta dévote folie, lui rétorqua le vieux guerrier. Voilà maintenant qu’à force de mêler les dieux à tout, tu en finis par te prendre pour l’un d’entre eux.

  • Les dieux te feront payer ma mort et tu seras damné pour l’éternité ! gémit le chaman d’une voix chevrotante. Tu subiras les pires tourments dans les sept enfers de Lokkar ! 

Appuyant fermement le tranchant de la lame sur la base du cou de Silgur, Korn lui murmura à l’oreille d’un ton ferme et déterminé :

  • Garde ta langue derrière tes dents et baisse d’un ton, pauvre fou. Tes jérémiades vont finir par attirer l’attention. Si quelqu’un avait l’idée de venir jusqu’ici, on pourrait se méprendre sur mes intentions et je serais dans l’obligation de te trancher la gorge. Tu sembles oublier à qui tu t’adresses Silgur. Je ne suis pas une de ces naïves femelles que ton verbe et tes gesticulations impressionnent. Laisse ta langue perfide derrière tes dents et écoute-moi céans si tu ne veux pas que je te la coupe pour la donner à manger aux chiens.

Ponctuant son intervention en augmentant la pression de la lame sur le cou du chaman, Korn y fit légèrement perler le sang de Silgur. Ce dernier réalisant avec effarement la détermination de son agresseur, couina pitoyablement :

  • Non, Korn ! Non ! Par pitié ne fais pas ça ! Je vais t’écouter ! Je vais t’écouter !

 

Écartant son poignard de la gorge de sa victime, Korn lui répondit alors, un large sourire aux lèvres :

  • Eh bien voilà qui est raisonnable, Silgur. Si tu arrives à me laisser parler sans m’interrompre, il se pourrait bien que demain matin tu puisses avoir encore suffisamment de sang dans les veines pour assister au lever du soleil sur les montagnes.

  • Si tu me tues, le clan vengera ma mort. Les guerriers te pourchasseront et ils te tueront, grogna le chaman en guise de protestation.

Approchant son visage de celui de Silgur, Korn lui répondit d’une voix sourde en le fixant de ses yeux couleur glacier :

  • Tu n’en sauras rien, puisque tu seras mort, imbécile. De toute façon, même si quelqu’un me voyait sortir de chez toi, ce qui est loin d’être certain, crois-tu vraiment qu’il chercherait à me dénoncer pour avoir débarrassé notre cité d’un cloporte ambitieux et arriviste tel que toi ? Non, je ne le crois pas… Alors maintenant ferme-la !

Puis se redressant, il ajouta en ricanant :

  • Et quand bien même une telle chose arriverait, sache que dans ce cas je mourrais heureux, car j’aurais au moins eu la satisfaction de t’avoir saigné comme un poulet avant de quitter ce monde.

Tremblant comme une feuille, Silgur recula jusqu’à coller son dos contre le mur avant de bredouiller :

  • Tu es fou, Korn… Tu es complètement fou ! 

  • Non mon ami, murmura le vieux guerrier en observant le tranchant de la lame de son impressionnant poignard. Je ne suis pas fou. Contrairement à toi, je ne crains pas la mort, c’est autre chose…. 

Puis, posant un regard méprisant sur la frêle silhouette du chaman qu’éclairait faiblement la flamme de la lampe à huile, le géant ajouta d’une voix sourde :

  • Regarde-toi, Silgur le lâche. Tu es prêt à ramper comme un chien pour sauver ta pitoyable existence. C’est à se demander si tu es vraiment de notre race. Bien qu’il ne soit peut-être pas de notre peuple, je parierais que mon fils a plus de notre sang storn dans les veines que tu n’en n’auras jamais !

  • Par les dieux ! intervint le chaman. Je t’interdis de dire cela !

Levant la main comme pour le gifler, Korn grogna d’un ton brutal :

  • Ne recommence pas à me donner des ordres, cloporte, ou je te fends le crâne sur le champ ! 

Croyant sa dernière heure arrivée, Silgur, tremblant de plus belle dans l’attente du coup, se protégea le visage de ses deux bras, sans oser répondre.

  • Baisse donc tes bras, tu es ridicule ! cracha Korn d’un ton méprisant. Écoute plutôt ce que j’ai à te dire, je ne le répèterai pas.... 

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Tous droits réservés.    Sources photographiques : Pixabay

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